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  historique

La Petit-Bourgogne, St-Henri, Ville Émard et Côte-St-Paul comptent parmi les plus anciens quartiers de Montréal. Appelée aussi le Sud-Ouest, cette zone urbaine possède un grand passé industriel. Utilisant le canal Lachine comme voie privilégiée de communication, ces quartiers sont, au début des années 1900, le site du plus grand centre industriel au Canada. Malheureusement, durant les années 50, c'est le début de la fin.

En effet, le canal de Lachine est condamné par l'ouverture de la voie maritime du St-Laurent et, de plus, les manufactures commencent à fermer, faute de s'être modernisées. C'est une population peu scolarisée qui voit son gagne-pain lui glisser entre les doigts. La qualité de vie des gens connaît une dégradation rapide : les logements sont vétustes, le chômage augmente et les demandes d'aide sociale se multiplient.

Les quartiers se prennent en main

En 1968, les citoyens de la Petite-Bourgogne fondent : Le Centre de Perfectionnement des adultes. Le presbytère Ste-Cunégonde devient un centre communautaire et un lieu de rassemblement. Il offre des services de dépannage mais aussi des ateliers en alphabétisation et en alimentation, et ce, en collaboration avec la Commission des Écoles Catholiques de Montréal (CECM), maintenant devenu la Commission Scolaire De Montréal (CSDM). En 1971, le Centre de Perfectionnement des adultes devient le Comité d'Éducation aux Adultes (CEDA). Six activités sont offertes.

Plus d’autonomie pour le CEDA

Ensuite, le CEDA déménage sur la rue Atwater. Divers services et activités sont offerts. C'est l'époque de «macramé power», ce loisir prenant de l'ampleur. Le CEDA veut plus d'autonomie face à la commission scolaire. C'est le CEDA qui engage maintenant son personnel. À travers les activités du CEDA, les gens peuvent faire des apprentissages et se prendre en mains. En 1975, le CEDA devient plus autonome en développant un fonctionnement plus démocratique. Le CEDA grandit, raffine son organisation, met sur pied de nouveaux services. En 1979, le CEDA manque d'espace et il déménage sur la rue Delisle dans le quartier de la Petite-Bourgogne.

Un quartier qui change

A partir des années 1980, la Petite-Bourgogne connaît une opération qui changera à tout jamais le cours de son histoire : l’opération 20 000 logements de la Ville de Montréal. De 100 ménages propriétaires en 1981, le chiffre passe de 1 045 en 1991. Les nouvelles constructions, essentiellement des maisons unifamiliales et condominiums attirent des résidants plus fortunés et plus scolarisés et diverses communautés culturelles.

Les problèmes de dérapage social comme la drogue et la délinquance, souvent liés, à un contexte de pauvreté, s’amplifient dans le parc de HLM de la Petite-Bourgogne. A la fin des années 1980, le quartier est devenu l’otage des trafiquants de drogue. Rapidement, ce commerce entraîne des actes de violence, qui, peu à peu, minent la sécurité du quartier. Une fois de plus, c’est la mobilisation populaire qui viendra à bout du phénomène. Organismes communautaires, Office municipal d’Habitation, élus locaux et service de police forment une coalition qui reprendra le quartier en mains.

Curieux paradoxe, la population de la Petite-Bourgogne ne cessera d’augmenter durant cette période, soit de 20% , de 1986 à 1991. Cette croissance entraînera toutefois une profonde déchirure du tissu social alors qu’un véritable fossé sépare les conditions de vie des nouveaux propriétaires de celles des résidants des HLM.

Un second souffle pour le Sud-Ouest

La mobilisation de la fin des années 1980, engendrée par le milieu communautaire et syndical, viendra donner au Sud-Ouest de Montréal un second souffle. Il y a, entre autres, la naissance du RESO (Relance économique du Sud-Ouest) qui travaille au développement de l’emploi pour la population locale, l’accessibilité du logement, la qualité de vie, l’aménagement du territoire, la formation de la main-d’œuvre. En fait, l’arrondissement est l’un des précurseurs de l’intervention sociale au Québec et bon nombre d’institutions, comme les services d’aide juridique, les cliniques communautaires, les CLSC et les corporations de développement économique communautaire (CDEC), y ont vu le jour.

Depuis 1991, la décroissance de la population est moins importante que durant la période des fermetures d’usines. Si plusieurs quartiers ont connu une décroissance importante de leur population (Saint-Henri, Saint-Paul et Ville-Émard), et dans une moindre mesure Pointe Saint-Charles, des quartiers comme Griffintown et Petite-Bourgogne ont au contraire connu une forte augmentation de leur population.

Dans plusieurs quartiers, l’immigration a pris une ampleur importante et soulève le défi de l’intégration harmonieuse des différents groupes. Au CEDA, à partir du début des années 1990, des ateliers de francisation visant les nouveaux immigrants s’ajoutent aux ateliers réguliers (alphabétisation, cuisine, céramique, artisanat, menuiserie).

Vie communautaire

C’est à peu près à cette époque que le CEDA adhère aux deux tables de concertation qui ont été mises sur pied pour consolider le travail communautaire des quartiers de St-Henri et de la Petite-Bourgogne. La table de concertation Solidarité Saint-Henri, créée en 1987, a comme mission de tout mettre en oeuvre pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion et améliorer la qualité de vie dans le quartier par la prise en charge et la concertation. Elle compte une vingtaine de membres communautaires. La Coalition de la Petite-Bourgogne, quartier en santé existe depuis 1991; elle est issue d’un groupe qui s’est dissocié de la concertation Saint-Henri/Petite Bourgogne pour former une coalition bilingue dans Petite-Bourgogne, devenue par la suite une concertation intersectorielle et multi-réseaux et qui compte aujourd’hui près de 80 membres.

Après trois décennies de déclin, le Sud-Ouest vit une phase de transformation urbaine et sociale reliée à des projets de développement ou de rénovation d’infrastructures au coeur même de l’arrondissement (la réhabilitation du canal de Lachine) ou dans sa périphérie (Cité du multimédia, Centre universitaire de santé McGill, etc.). Ces développements, tout en apportant une nouvelle vitalité et ouvrant de nouvelles opportunités de développement (création d’emplois, nouveaux services, amélioration de la qualité de vie, amélioration de l’image du milieu), représentent également un risque de désagrégation du tissu social en accélérant, notamment, le processus d’embourgeoisement entamé depuis le milieu des années 1990.

Les organismes communautaires, dont le CEDA, craignent l’arrivée de familles à revenu élevé et la forte réduction de l’offre en logements locatifs privés où traditionnellement vivent les familles à revenu moyen ainsi que des familles à faible revenu n’ayant pas accès au logement social. Ceci risque de polariser deux catégories de population, une population vivant dans les logement sociaux et une population plus aisée vivant dans les condominiums et des logements rénovés et ne participant pas forcément à la vie communautaire, situation vécue dans Petite-Bourgogne à la suite des politiques de rénovation urbaine des années 1970.

Une organisation en mouvement

Pour le CEDA aussi, les gens et les choses ont changés. Vers l’an 2000, le CEDA amorce un processus de réflexion et de restructuration. Peu à peu, les membres, le conseil d’administration et l’équipe de salariés font le tour de plusieurs questions telles que : circulation de l’information, mode de gestion, statuts et règlements, politique de tarification, politique salariale et de conditions de travail, politique sur le bénévolat, représentations externes, politique d’affichage, informatisation du CEDA.Tout ce travail a permis d’ajuster ou de renforcer les pratiques et le fonctionnement du CEDA afin que celui-ci demeure accessible et ouvert aux besoins des personnes à faibles revenus et/ou peu scolarisées.